11 Février 2015
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Les sentiments dépressifs modérés et transitoires chez les jeunes de 12 à 18 ans sont courants (30 à 45 % en souffrent). Mais la souffrance de l’adolescent peut aussi revêtir la forme d’un épisode dépressif caractérisé (EDC) (prévalence entre 4 et 8 %).
La HAS a élaboré une recommandation qui a pour objectif d’aider les professionnels de premier recours à repérer et prendre en charge les adolescents qui subissent un EDC. Explications du Dr Francois Bridier*, pédopsychiatre qui a présidé le groupe de travail et du Dr Emmanuel Nouyrigat*, du service des bonnes pratiques professionnelles à la HAS.
Souvent, l’adolescent éprouve des difficultés à exprimer verbalement ce qu’il ressent. Son comportement ou l’apparition de somatisations sont alors davantage révélateurs. Il existe aussi des outils pour repérer l’épisode dépressif caractérisé (EDC) et le risque suicidaire (questionnaires ADRS et TSTS-cafard).
Le diagnostic d’un EDC – parfois appelé épisode dépressif majeur – repose sur l’association de symptômes d’une souffrance cliniquement significative et d’un retentissement préoccupant sur le fonctionnement du patient.
Les symptômes peuvent être des troubles de l’humeur et du cours de la pensée, des troubles physiques et instinctuels, des cognitions négatives et des idéations suicidaires. S’ils sont au nombre de 5, durent depuis plus de quinze jours de façon constante et permanente et comprennent l’humeur dépressive (ou l’irritabilité) ou la perte d’intérêt (ou de plaisir), alors le diagnostic d’EDC peut être posé.
Certains facteurs de risque existent, même s’ils ne sont pas spécifiques à la dépression ou au suicide. Un adolescent est considéré à risque s’il a des antécédents de souffrance néonatale, de pathologie somatique, de traumatisme ou de troubles psychiatriques. Il en est de même s’il a été victime de discrimination, pour ses orientations sexuelles par exemple. Les mauvaises relations familiales ou sociales, les conflits, les séparations, la mort d’un proche sont aussi des situations à risque. Et certaines sont considérées comme à très haut risque de dépression et de suicide. C’est le cas pour l’adolescent qui vit en foyer, celui qui est déraciné, celui qui a eu affaire à la justice ou qui a été maltraité.
Une coordination est nécessaire entre les parents, les professionnels travaillant auprès d’adolescents, les médecins de premier recours et les psychiatres afin de repérer et de prendre en charge précocement l’adolescent dépressif. Les objectifs de soins se situent à deux niveaux.
L’approche est empathique. L’adolescent, fragile, doit se sentir soutenu et compris. Il est essentiel de le rassurer sur la confidentialité des propos qui seront échangés. Il doit aussi se percevoir comme un individu capable de participer aux décisions quant à sa prise en charge. La consultation comprend quatre phases.
L’adolescent sera orienté vers un (pédo)psychiatre si un diagnostic clair de gravité ou de complexité est établi. Il en sera de même si la demande est formulée par le patient ou son entourage. Une hospitalisation peut s’imposer lorsqu’un suivi ambulatoire suffisamment structuré est impossible ou s’il existe un risque sérieux de passage à l’acte auto ou hétéro-agressif. De même, elle doit être envisagée devant une forme sévère d’EDC ou en cas de contexte sociofamilial défavorable.
La prescription d’un antidépresseur (fluoxétine) est rarement indiquée. Elle se justifie en cas de résistance ou d’aggravation après 4 à 8 semaines de psychothérapie. En début de traitement, une surveillance du risque suicidaire s’impose. Une psychothérapie adaptée est toujours associée au traitement médicamenteux.
* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS